"On désire l'abaissement intellectuel de la jeunesse"
Extrait d'une interview d'Alain Badiou (philosophe, dramaturge, romancier, professeur à l'ENS et auteur de "De quoi Sarkozy est-il le nom?", aux éditions Lignes, 2007), paru dans l'US Magazine de ce mois-ci:
"La pression exercée sur les enseignements littéraires est une pression idéologique maquillée en "nécessité professionnelle". Il s'agit que les enfants ne goûtent jamais à la pensée désintéressée ou critique, et soient tous dans le servage de l'organisation capitaliste du travail. Et cela au moment même où tous les moyens sont réunis pour qu'il en aille autrement. Car on peut aujourd'hui bien plus facilement qu'il y a cinquante ans organiser une formation complète de tous.
Bien entendu, il faut accepter le principe qu' un enseignement véritable crée de la liberté: il constitue une sphère indépendante, et retarde ou même entrave délibérément les contraintes externes de la vie salariée. Mais c'est ce que les pouvoirs dominants ne veulent pas.
On désire l'abaissement intellectuel de la jeunesse, et qu'elle soit préparée à la servitude du haut salariat. Alors, que faire? Rejeter ses illusions, et se préparer à la lutte."